Le syndrome des jambes sans repos

Est-ce que vous vous réveillez la nuit parce que vos jambes vous obligent à bouger ? Vous devez les frottez, les massez ou vous levez pour marcher… Mais quand finalement vous vous recouchez : ça recommence.
On peut parler d’impatiences dans les jambes. Mais ce que vous ressentez correspond à ce qu’on appelle plus scientifiquement le syndrome des jambes sans repos.
Ce n’est pas simplement un problème de circulation, enfin pas forcément. Ces fameuses jambes sans repos peuvent être liées à des mécanismes qui se passent dans votre cerveau. Le fer et la dopamine notamment et puis certains médicaments aussi peuvent en être responsable.
Comme souvent la médecine chinoise regarde le problème de façon bien différente. Elle ne va pas seulement chercher ce qui se passe dans vos jambes. Elle va regarder pourquoi votre organisme produit ce symptôme. Et vous allez voir qu’elle parle notamment de déficience, de circulation de l’énergie et du Sang, et d’obstruction des méridiens.
Dans cet article, je vais vous montrer ce que vous pouvez faire concrètement : acupuncture, acupression ou moxibustion, et je vais vous donner quelques conseils simples à essayer chez vous. Alors si vous souffrez régulièrement de ces impatiences qui vous empêchent de dormir, vous allez comprendre ce qui se passe vraiment.

Que dit la médecine conventionnelle ?

On l’appelle aussi maladie de Willis-Ekbom, c’est un trouble chronique assez fréquent puisqu’il concernerait environ 3 à 7 % des adultes. Il ne faut pas confondre « jambes sans repos » avec simple  jambes lourdes, crampes ou fourmillements. Le véritable syndrome repose sur une combinaison assez caractéristique : une sensation désagréable dans les jambes : fourmillements, tension, brûlure, tiraillement, parfois une sensation très difficile à décrire. Et surtout, un besoin presque irrépressible de bouger les jambes qui vous oblige à vous lever, à marcher, à frotter vos jambes ou à les masser… et cela vous soulage immédiatement. Mais dès que vous vous reposez à nouveau, ça recommence. Autre caractéristique essentielle : les symptômes apparaissent ou s’aggravent au repos, et surtout le soir ou la nuit. C’est évidemment très pénible pour s’endormir.

La cause des jambes sans repos

On distingue globalement deux situations.

  1. La première, c’est le syndrome primaire : C’est lorsqu’aucune cause médicale précise n’est retrouvée et dans ce cas il existe souvent une composante familiale : c’est-à-dire l’hérédité.
  2. La seconde, c’est le syndrome secondaire, lorsqu’une cause ou un facteur favorisant peut être identifié. Parmi les principaux facteurs évoqués, on retrouve notamment une carence en fer, l’insuffisance rénale, la grossesse ou certains médicaments.

Donc si ces symptômes apparaissent chez vous, surtout s’ils sont récents, il peut être intéressant de rechercher pourquoi ils sont apparus, plutôt que de simplement les subir. Il existe un facteur particulièrement intéressant dont on va parler maintenant : c’est le fer.

Quel rapport entre le fer et vos jambes ?

Contrairement à ce que le nom de la maladie pourrait laisser penser le problème ne se situe pas uniquement dans les jambes. Certaines régions du cerveau impliquées dans le contrôle des mouvements jouent un rôle important, et notamment des circuits dans lesquels intervient la dopamine. Or le fer participe au fonctionnement de ce système.
Chez certaines personnes souffrant de jambes sans repos, le problème est moins un simple manque de fer dans l’organisme qu’une mauvaise disponibilité ou une mauvaise utilisation du fer au niveau du cerveau.
C’est l’une des raisons pour lesquelles le lien entre fer, dopamine et syndrome des jambes sans repos est autant étudié. Attention : avoir des jambes sans repos ne signifie pas automatiquement que vous êtes carencé en fer. C’est justement pour cela qu’un bilan médical peut être pertinent lorsque les symptômes sont évocateurs.

Et le sommeil ?

Le sommeil est évidemment l’un des plus gros problèmes. Vous êtes fatigué, vous allez vous coucher et au moment où vous êtes enfin immobile, les sensations commencent. On peut alors entrer dans un cercle assez infernal : les jambes sans repos perturbent le sommeil, le mauvais sommeil engendre de la fatigue et la fatigue entraine encore plus de mouvements et des nuits encore plus difficiles. Certaines personnes présentent également des mouvements périodiques des jambes pendant leur sommeil. C’est-à-dire que même lorsqu’elles ont réussi à s’endormir, leurs jambes peuvent continuer à bouger involontairement et provoquer des micro-réveils. Résultat : Vous dormez mais vous ne vous sentez pas reposé.

Comment se fait le diagnostic ?

Autre particularité : il n’existe pas un examen qui permette à lui seul de confirmer le syndrome. Le diagnostic repose principalement sur l’interrogatoire. Le médecin recherche notamment quatre éléments :

  1. est ce que les symptômes apparaissent ou s’aggravent au repos ;
  2. sont-ils soulagés par le mouvement ;
  3. est-ce qu’ils surviennent surtout le soir ou la nuit ;
  4. et enfin est-ce qu’ils ne sont pas expliqués par une autre affection. En effet des sensations désagréables dans les jambes peuvent avoir beaucoup d’autres causes : les crampes, les neuropathie, les problèmes circulatoires ou les douleurs musculaires, par exemple.  Donc avoir envie de bouger les jambes ne suffit pas, à lui seul, pour parler de syndrome des jambes sans repos.

Attention au piège des traitements

Et il y a quelque chose d’important à connaître si vous êtes traité pour ce syndrome : l’augmentation.

C’est un phénomène assez paradoxal : certains médicaments qui soulagent les symptômes au départ peuvent, avec le temps, finir par les aggraver.

Les signes qui doivent alerter sont notamment : des symptômes plus intenses, ou qui commencent plus tôt dans la journée, ou encore qui apparaissent après des périodes de repos de plus en plus courtes, ou enfin qui peuvent s’étendre à d’autres zones, comme les bras.

C’est pourquoi les médecins cherchent d’abord à corriger une éventuelle cause du problème, comme une carence en fer, et choisissent les médicaments avec prudence pour éviter d’aggraver les symptômes avec le temps.

Pour résumer, voilà ce que nous dit aujourd’hui la médecine conventionnelle : elle parle de cerveau, de dopamine, de fer, du sommeil, et de certaines causes ou certains médicaments qui peuvent intervenir dans ce syndrome.


La médecine chinoise va quant à elle regarder le problème avec une grille de lecture complètement différente. Elle va notamment s’intéresser à la circulation du Qi et du Xue, en bon français la circulation de l’énergie et du sang. La médecine chinoise va s’intéresser également à la nutrition des muscles et des tissus, et aux Jing Luo, les fameux méridiens et leurs réseaux.

Dans les textes chinois, le syndrome des jambes sans repos est notamment rattaché à une notion appelée « Bi Zheng », avec une idée particulièrement intéressante : il peut y avoir à la fois une faiblesse du terrain et une obstruction qui vient se développer par-dessus.
Alors, qu’est-ce que tout ça signifie exactement ? C’est ce que nous allons voir maintenant.

Les jambes sans repose selon la Médecine Chinoise

Le « Bi Zheng » : Une histoire d’obstruction

Dans les textes chinois, le syndrome des jambes sans repos est donc rattaché au domaine du Bi Zheng .

Bi évoque une notion d’obstruction, de blocage de la circulation dans les méridiens et leurs réseaux, les Jing Luo (les méridiens).

Zheng désigne le tableau énergétique, c’est-à-dire l’ensemble cohérent des signes et des symptômes qui permettent de caractériser le déséquilibre d’une personne.

Donc, si on simplifie, Bi Zheng, c’est un tableau caractérisé par une obstruction des Jing Luo (les méridiens).

La médecine chinoise va donc notamment se demander :
Est-ce que le Qi (l’énergie) circule correctement ?
Est-ce que le Xue
(le sang) nourrit correctement les tissus ?
Est-ce que les Jing Luo
(les méridiens) sont suffisamment nourris ou au contraire obstrués ?
Mais surtout, elle ne va pas considérer que toutes les personnes souffrant de jambes sans repos ont exactement le même tableau énergétique.
Et c’est là qu’intervient une notion essentielle : la racine et la branche du problème.

La Racine : le « BEN XU »

Dans l’un des articles, les auteurs proposent cette lecture :

le « Ben« , c’est la racine du problème,

et ici cette racine correspond au


Xu, c’est-à-dire à une déficience.

Autrement dit, derrière le symptôme, il peut exister un terrain de faiblesse.

Les auteurs parlent notamment d’une faiblesse du

Zheng Qi, c’est-à-dire du Qi correct, l’énergie fonctionnelle normale de l’organisme.

Et lorsque ce terrain est insuffisant, les tissus — les muscles, les tendons et les tissus de l’appareil locomoteur — peuvent être moins bien nourris.

En médecine chinoise, le Qi (énergie) et le Xue (sang) jouent notamment un rôle important dans la nutrition et le bon fonctionnement de ces tissus. Et selon le terrain de la personne, différentes fonctions énergétiques peuvent être impliquées, notamment celles du Rein, de la Rate ou du Foie.


Mais alors, si le terrain est déficient, pourquoi les jambes donnent-elles cette impression d’être aussi agitées ? C’est là qu’intervient la branche du problème.

La branche : le « Biao Shi »

« Biao » signifie la branche

c’est-à-dire ce qui se manifeste par-dessus le terrain de fond. Et dans la lecture proposée par les auteurs, cette branche correspond au

« Shi » : une notion d’excès, de plénitude ou d’obstruction.

Sur ce terrain de faiblesse peuvent donc venir s’ajouter des facteurs qui perturbent davantage la circulation. Les textes évoquent notamment le Vent, le Froid et l’Humidité, qui peuvent gêner la circulation dans les Jing Luo.

Et lorsque le Qi et le Xue circulent moins bien, les tissus sont moins bien nourris et les sensations peuvent apparaître. On retrouve donc cette opposition : le Ben : la racine, avec le Xu, la déficience ; le Biao : la branche, avec le Shi, l’obstruction ou l’excès.

Et c’est cette association qui est intéressante : un terrain déficient peut favoriser l’apparition de manifestations de type plénitude ou obstruction. C’est aussi ce qui explique pourquoi deux personnes présentant exactement les mêmes impatiences dans les jambes ne seront pas forcément traitées de la même manière. Comme vous le savez en médecine chinoise, on ne traite pas simplement un symptôme : on cherche le tableau énergétique propre à chaque personne.

Pourquoi le mouvement soulage-t-il ?

Dans les cas décrits dans les articles chinois, les patients expliquent eux aussi que le mouvement, le massage ou le fait de se frotter les jambes peuvent temporairement soulager les sensations. L’un des cas cliniques décrit même un patient obligé de se masser ou de frapper ses jambes, et parfois de marcher dans sa chambre pour essayer de calmer les symptômes.

Pour la médecine chinoise, cette observation est cohérente avec la notion d’obstruction des Jing Luo : le mouvement et le massage vont simplement favoriser la circulation dans la zone. Ce n’est évidemment pas une démonstration du mécanisme neurologique du syndrome des jambes sans repos. C’est simplement une observation que la MTC peut interpréter avec sa propre grille de lecture énergétique. Les deux médecines observent le même symptôme — le soulagement par le mouvement — mais ne l’expliquent pas nécessairement de la même manière.

Que peut-on faire avec la Médecine Chinoise ?

L’acupuncture

Plusieurs protocoles sont possibles. Parmi les points que l’on retrouve dans ces différents protocoles, il y a notamment : San Yin Jiao — 6 Rte, Zu San Li — 36E, et Tai Xi — 3R. Ces points permettent notamment de travailler sur le terrain énergétique, la nutrition des tissus et la circulation du Qi et du Xue.

Et certains de ces points sont suffisamment accessibles pour être utilisés en acupression, c’est-à-dire simplement en exerçant une pression ou un massage avec le doigt. Pour l’autostimulation, on reste donc sur quelque chose de simple, doux et raisonnable.

La moxibustion

Mais il y a une autre technique que je trouve particulièrement intéressante dans ce contexte : la moxibustion. La moxibustion utilise la chaleur du moxa, traditionnellement fabriqué à partir d’armoise, pour chauffer certains points. Un article chinois rapporte l’utilisation de cette technique chez 76 personnes souffrant du syndrome des jambes sans repos.

Les auteurs utilisent quatre points : Wei Zhong — 40V,  Yin Gu — 10R,  Cheng Jin — 56V et Cheng Shan — 57V.

Et les résultats rapportés sont assez impressionnants : 12 patients auraient été considérés comme guéris après une séance, 34 après deux séances et 30 après trois séances. Les auteurs ne rapportent aucune rechute lors des contrôles à six mois et à un an.  Alors attention. Je ne vais évidemment pas vous dire : « La moxibustion guérit les jambes sans repos à tous les coups. » Cette étude est ancienne, elle ne comporte pas de groupe contrôle et elle ne permet donc pas de tirer les mêmes conclusions qu’une étude clinique moderne. Mais c’est une observation intéressante.

Et surtout, je peux vous parler de cette technique avec un peu de recul puisque je l’ai personnellement utilisée en cabinet chez des patients présentant ce type de symptômes, avec des résultats que j’ai trouvés satisfaisants. Cela reste bien sûr une expérience clinique personnelle, et non une preuve scientifique.

Mais quand une technique ancienne est décrite dans la littérature chinoise et que, de son côté, le praticien observe également des résultats intéressants chez certains patients, ça mérite qu’on s’y intéresse. Et vous remarquerez d’ailleurs que le moxa apporte quelque chose de très particulier : de la chaleur. Ce qui est cohérent avec la place donnée au Froid dans l’obstruction des Jing Luo dans certains des tableaux décrits par les auteurs.

Et à la maison que pouvez-vous faire ?

Tout le monde n’a pas un praticien en médecine chinoise à proximité.  et tout le monde n’a pas forcément envie de passer sa soirée avec un bâton de moxa ! Alors, il y a déjà quelques choses très simples que vous pouvez tester.

1. Bougez régulièrement. Si vous restez assis plusieurs heures, levez-vous régulièrement. Marchez quelques minutes, mobilisez vos chevilles, faites bouger doucement vos jambes. Pas besoin de préparer les Jeux olympiques à 22 heures ! L’idée est simplement d’éviter les longues périodes d’immobilité.

2. Massez vos jambes. Puisque le mouvement et le massage peuvent temporairement soulager les symptômes, vous pouvez essayer un massage doux lorsque les sensations apparaissent. Quelques minutes, tranquillement.

3. Essayez des mouvements ou des étirements doux avant le coucher. Mollets, chevilles, cuisses, tranquillement.

4. Prenez soin de votre sommeil. Essayez autant que possible d’avoir des horaires réguliers et une routine calme le soir.

Et surtout ne pas tout attribuer aux jambes sans repos. Si ces symptômes sont nouveaux, s’aggravent, deviennent importants ou perturbent régulièrement votre sommeil, parlez-en à votre médecin.
Parce qu’il peut être utile de rechercher une cause sous-jacente, notamment un problème de fer ou un facteur susceptible d’aggraver les symptômes. La médecine chinoise peut parfaitement avoir sa place dans une démarche globale.
Mais elle ne doit pas vous empêcher de rechercher une éventuelle cause médicale.
Parce que lorsque vos jambes vous empêchent de dormir nuit après nuit, ce n’est pas un petit désagrément. C’est votre sommeil, votre énergie et parfois même votre qualité de vie qui sont touchés. Et c’est pour cela que comprendre ce qui se passe est une étape primordiale pour agir.

Conclusion

Les jambes sans repos, ce n’est pas simplement une histoire de jambes qui bougent la nuit. C’est un syndrome bien réel, qui peut avoir un impact important sur le sommeil et la qualité de vie.
La médecine conventionnelle nous a montré l’importance de rechercher certaines causes ou certains facteurs aggravants, notamment autour du fer, de certains médicaments ou de certaines maladies.
Et la médecine chinoise nous propose, elle, une autre grille de lecture. Elle va notamment parler de Bi Zheng, d’obstruction des Jing Luo, mais aussi de cette association entre une racine déficiente — le Ben Xu — et une branche caractérisée par l’obstruction — le Biao Shi.

Et pour agir, elle dispose notamment de l’acupuncture, de l’acupression et de la moxibustion. Mais retenez surtout une chose : si vos jambes vous empêchent régulièrement de dormir, ne banalisez pas ce problème. Ce n’est pas simplement une petite gêne qu’il faudrait apprendre à supporter.

Il existe des pistes pour agir, et la première étape consiste déjà à comprendre ce qui se passe réellement. Et si vous connaissez quelqu’un qui souffre de ces fameuses impatiences dans les jambes et qui passe peut-être des nuits difficiles sans vraiment savoir quoi faire, partagez-lui cet article. Elle pourra peut-être lui permettre de mettre enfin un nom sur ce qu’elle ressent et, surtout, de découvrir des pistes qu’elle n’avait pas encore envisagées. Parce que, comprendre ce qui nous arrive, c’est la première étape pour commencer à agir.

Le système lymphatique selon la médecine chinoise

Le soir, vous avez l’impression que vos jambes pèsent une tonne ? Que vos chaussures sont un peu plus serrées qu’au réveil ? Ou que vos bagues deviennent difficiles à enlever.  Et si tous ces symptômes avaient un point commun auquel on ne pense presque jamais ?
Je vais vous parler d’un système fascinant dont on entend très peu parler : le système lymphatique.
Mais surtout, je vais vous montrer pourquoi la médecine traditionnelle chinoise avait déjà une vision étonnamment proche de son fonctionnement, près de deux mille ans avant que la science moderne ne décrive les vaisseaux lymphatiques.
Dans cet article, je vais vous montrer une routine très simple ainsi qu’un point d’acupression au nom étonnant : Shui Fen, la « Séparation des eaux ». Vous allez comprendre pourquoi.
Alors découvrons ensemble ce que votre système lymphatique essaie de vous dire.

Comprendre le système lymphatique

Imaginez votre maison. Vous avez des canalisations qui amènent de l’eau propre jusqu’à votre cuisine ou votre salle de bain. Mais vous avez aussi un réseau d’évacuation qui récupère les eaux usées. Heureusement d’ailleurs, sinon votre cuisine finirait rapidement par ressembler à une piscine !
Eh bien, notre corps fonctionne un peu de la même façon.
Les artères apportent l’oxygène et les nutriments à toutes nos cellules. Mais une partie du liquide contenu dans le sang s’échappe naturellement des tout petits vaisseaux pour nourrir les tissus. Et c’est parfaitement normal.
Mais que devient ensuite tout ce liquide ? C’est précisément là qu’intervient le système lymphatique.

On pourrait le comparer à un immense réseau de récupération et de drainage présent dans tout le corps. Il collecte l’excès de liquide qui s’accumule entre les cellules, le fait circuler à travers les ganglions lymphatiques, puis le renvoie progressivement dans la circulation sanguine.

Sans ce système, nos tissus gonfleraient rapidement comme une éponge laissée toute la nuit dans une bassine d’eau.

Mais ce n’est pas tout. Le système lymphatique remplit trois grandes missions. Et la troisième est celle qui surprend le plus.

  1. Sa première mission est de maintenir l’équilibre des liquides dans notre organisme. Chaque jour, plusieurs litres de liquide quittent les capillaires sanguins pour nourrir nos tissus. Heureusement, le système lymphatique récupère ensuite presque tout ce surplus avant qu’il ne s’accumule. Sans ce travail permanent, nous gonflerions progressivement… et ce ne serait évidemment pas très pratique !
  2. Sa deuxième mission est moins connue. Les vaisseaux lymphatiques participent à l’absorption des graisses alimentaires et de certaines vitamines au niveau de l’intestin.
  3. Enfin, voici probablement la mission la plus connue du système lymphatique. Les ganglions lymphatiques participent à notre défense immunitaire. Ils filtrent la lymphe et permettent aux cellules immunitaires d’identifier puis d’éliminer certains microbes.

Quand le système fonctionne moins bien

Mais alors que se passe-t-il lorsque ce système devient moins efficace ?
Les liquides peuvent commencer à s’accumuler dans certains tissus.
Et c’est à ce moment-là que peuvent apparaître : une sensation de jambes lourdes ; des chevilles ou des mains gonflées ; des œdèmes ; une diminution de la mobilité lorsque le gonflement devient important.

Vous venez de découvrir comment la médecine moderne décrit le système lymphatique. Mais comment la médecine traditionnelle chinoise, qui existe depuis plus de deux mille ans et qui ne connaissait évidemment ni les vaisseaux lymphatiques ni les ganglions tels que nous les décrivons aujourd’hui, expliquait-elle la circulation des liquides dans le corps ?

Le système lymphatique selon la médecine traditionnelle chinoise

La médecine chinoise ne décrit absolument pas un organe appelé ‘système lymphatique’.
Et pourtant  depuis plus de deux mille ans, elle décrit plusieurs fonctions qui, mises bout à bout, ressemblent étonnamment à ce que la médecine moderne appelle aujourd’hui la gestion des liquides corporels. Ce ne sont pas les mêmes mots. Pas les mêmes modèles. Mais vous allez voir que certaines observations sont parfois étonnamment proches. Et parmi tous les organes décrits par la médecine chinoise, il en existe un qui intrigue encore aujourd’hui de nombreux chercheurs…

Le Triple Réchauffeur

Il s’appelle le Triple Réchauffeur ou San Jiao en chinois. Pour moi c’est l’organe le plus mystérieux de toute la médecine chinoise
Voici ce que les textes anciens disent de lui :

C’est un organe qui n’a pas de forme mais qui possède une fonction.

Pour comprendre, revenons à notre maison du début. Imaginez maintenant une maison à trois étages. Tous les étages sont reliés par un réseau de canalisations. Le Triple Réchauffeur, c’est un peu ce réseau invisible. Il ne fabrique pas les liquides. Il ne les stocke pas. Il permet simplement qu’ils circulent correctement d’un étage à l’autre. Et comme dans une vraie maison s’il y a un bouchon quelque part, tout finit par se dérégler.
Et, malheureusement, appeler un plombier ne suffira pas cette fois-ci !

Les trois étages : Les anciens médecins chinois divisaient donc le Triple Réchauffeur en trois parties.

Le Réchauffeur supérieur : Tout en haut, on retrouve principalement le Cœur et le Poumon. Les textes disent qu’il diffuse les liquides comme une fine brume.

Le Réchauffeur moyen : Au milieu se trouvent essentiellement la Rate et l’Estomac. C’est ici que commence la transformation des aliments et des boissons. La Rate extrait ce qui est utile puis organise sa distribution dans tout l’organisme. On pourrait dire qu’elle est le véritable responsable logistique du corps. Et comme dans tous les centres logistiques. Lorsque l’organisation prend du retard, les cartons commencent à s’empiler. En médecine chinoise ces ‘cartons’ portent un autre nom : L’Humidité. Et lorsque cette Humidité persiste elle peut progressivement se transformer en mucosité.

Le Réchauffeur inférieur : Enfin, le Réchauffeur inférieur regroupe principalement les Reins et la Vessie. Son rôle est de conserver ce qui est utile et d’éliminer ce qui ne l’est plus. Les textes anciens le comparent souvent à un système de drainage.

Mais si je devais retenir un seul organe lorsque l’on parle de jambes lourdes ou de rétention d’eau ce serait sans hésiter la Rate. Parce qu’en médecine chinoise, elle possède une fonction essentielle : transformer et transporter les liquides. Lorsque cette fonction ralentit, les liquides stagnent. Apparaît alors ce que la médecine chinoise appelle l’Humidité, pouvant entraîner jambes lourdes et gonflements.

Le lien avec la médecine moderne

La médecine chinoise ne décrit pas la lymphe. Elle ne décrit pas les ganglions lymphatiques. Elle ne décrit pas les vaisseaux lymphatiques. En revanche elle décrit depuis plus de deux mille ans les fonctions qui permettent aux liquides de circuler, d’être transformés, répartis et finalement éliminés.

C’est pourquoi certains auteurs contemporains estiment que le Triple Réchauffeur est probablement le concept de médecine chinoise qui se rapproche le plus du fonctionnement du système lymphatique. Même si cette correspondance reste aujourd’hui un sujet de discussion.

Allez on résume rapidement les quatre acteurs de la circulation des liquides :

  1. La Rate → transforme et transporte.
  2. Le Poumon → diffuse.
  3. Le Triple Réchauffeur → coordonne la circulation.
  4. Le Rein → conserve une partie des liquides et élimine le reste.

En médecine moderne, on parle de système lymphatique. En médecine chinoise, on parle plutôt d’un véritable travail d’équipe entre plusieurs organes, coordonnés par le Triple Réchauffeur. L’objectif est le même : éviter que les liquides stagnent dans l’organisme.

Les solutions de la médecine chinoise

Les automassages 

Maintenant que nous avons compris comment les liquides circulent dans notre organisme, comment peut-on aider notre corps au quotidien ? Je vais vous montrer plusieurs techniques simples que vous pouvez facilement essayer chez vous. Et nous allons commencer par la plus facile de toutes.

Le massage du cou : Contrairement au sang, la lymphe ne possède pas de pompe centrale. Les mouvements et la respiration participent donc à sa circulation. Je vais vous montrer un geste extrêmement simple.

Placez vos mains juste sous les oreilles

 puis faites-les glisser lentement le long du cou jusqu’aux clavicules.

Toujours avec une pression légère. Vous pouvez répéter ce mouvement une dizaine de fois.

Vous pouvez le faire ensuite de l’autre côté.

Terminez ensuite par quelques mouvements très doux au-dessus des clavicules. Cette région correspond à l’endroit où une grande partie de la lymphe rejoint la circulation sanguine.


En médecine chinoise, nous pouvons également stimuler certains points d’acupression particulièrement intéressants.

Le premier point que je souhaite vous montrer est probablement l’un des plus utilisés en médecine chinoise lorsqu’il existe une accumulation d’Humidité. Il s’appelle Yin Ling Quan, le point 9 Rate.
Il est situé juste sous le genou, sur la face interne de la jambe. Vous pouvez exercer une pression ferme mais supportable pendant une minute environ. S’il est un peu sensible rassurez-vous c’est une réaction que j’observe très souvent au cabinet.
En médecine chinoise, ce point est traditionnellement utilisé pour soutenir la fonction de la Rate et favoriser la transformation des liquides. Il est donc particulièrement intéressant lorsqu’il existe une sensation de jambes lourdes, de gonflement ou de rétention d’eau.

Mais il existe un autre point que j’aime beaucoup non seulement pour sa fonction mais aussi pour son nom. Il s’appelle Shui Fen. Shui’ signifie l’eau et ‘Fen’, séparer. Autrement dit : ‘Séparation des eaux’. » Je trouve ce nom absolument fascinant. Parce que les anciens médecins chinois lui ont donné ce nom il y a près de deux mille ans. Bien sûr, ils ne parlaient pas de lymphe, mais ils avaient déjà observé l’importance de la bonne circulation des liquides dans l’organisme. Ce point est situé juste au-dessus du nombril. Vous pouvez effectuer un massage circulaire très doux pendant une à deux minutes. En médecine chinoise, il est traditionnellement utilisé pour soutenir la bonne répartition des liquides dans l’organisme.

Les massages et les points d’acupression peuvent être de précieux alliés. Mais ils ne représentent qu’une partie de la solution. Car si votre organisme continue à produire de l’Humidité jour après jour, vous aurez beau écoper, le bateau continuera à prendre l’eau. En médecine chinoise, l’alimentation joue donc un rôle essentiel.

La diététique

J’aime beaucoup utiliser une image très simple pour expliquer cela : Imaginez que cette éponge représente les tissus de votre corps. Lorsqu’elle contient juste ce qu’il faut d’eau, elle reste souple et fonctionne parfaitement.

Mais si elle absorbe de plus en plus d’eau elle devient plus lourde, plus difficile à essorer et elle finit par ne plus pouvoir absorber grand-chose.

Cette image permet de comprendre une idée essentielle de la médecine chinoise. L’objectif n’est pas de ‘vider’ complètement les liquides mais d’aider l’organisme à retrouver naturellement son équilibre.

L’alimentation

Et c’est justement là que notre alimentation entre en jeu.
En médecine chinoise, chaque repas est une occasion soit de soutenir le travail de la Rate soit de lui compliquer un peu la tâche. Lorsque la Rate peine à transformer correctement les aliments, l’Humidité s’accumule progressivement.

Les aliments à limiter

C’est pourquoi la médecine chinoise recommande généralement de limiter les aliments qui favorisent cette Humidité, en particulier chez les personnes qui présentent déjà ce terrain. Comme par exemple :

  • les boissons glacées ;
  • les sodas ;
  • les excès de sucre ;
  • les pâtisseries ;
  • les produits laitiers consommés en excès ;
  • l’alcool ;
  • les aliments ultra-transformés.

Les aliments qui soutiennent la Rate

À l’inverse, certains aliments sont traditionnellement utilisés pour soutenir la fonction de la Rate. Comme par exemple :

  • les légumes cuits ;
  • les courges ;
  • le millet ;
  • le riz ;
  • les haricots adzuki ;
  • le fenouil ;
  • le gingembre selon votre constitution ;
  • la cannelle chez les personnes frileuses.  

L’idée n’est pas de suivre une alimentation parfaite mais simplement de faire pencher la balance un peu plus souvent du bon côté.
Mais parfois l’alimentation ne suffit pas à elle seule. Lorsque le déséquilibre est installé depuis longtemps la médecine chinoise dispose également d’un autre outil particulièrement intéressant : La pharmacopée chinoise.

La pharmacopée chinoise

Voici une question que l’on me pose très souvent. Quelle est la meilleure formule pour les jambes lourdes ou la rétention d’eau ? Et ma réponse est celle-ci : « Il n’existe pas une formule miracle. »
Il existe une formule adaptée à votre terrain.

En médecine chinoise, on ne choisit jamais une formule uniquement parce qu’une personne présente des jambes lourdes ou de la rétention d’eau. On choisit une formule en fonction du bilan énergétique de chaque personne. Autrement dit, deux personnes présentant exactement les mêmes symptômes pourront recevoir deux traitements complètement différents. Parmi les formules les plus connues que vous pouvez retrouver dans la description, on retrouve par exemple :

Wu Ling San : Une formule classique lorsque l’organisme a des difficultés à faire circuler et éliminer les liquides, avec une accumulation d’Humidité.

Fang Ji Huang Qi Tang : Souvent utilisée lorsque les œdèmes ou la sensation de lourdeur s’accompagnent d’un Vide de Qi de la Rate, avec une fatigue marquée.

Wu Pi San : Traditionnellement employée lorsque l’Humidité s’accompagne d’une stagnation plus importante, avec des œdèmes parfois plus généralisés.

Ces formules ne sont pas interchangeables et répondent chacune à un tableau énergétique bien précis. C’est pourquoi elles doivent toujours être choisies après un bilan énergétique réalisé par un praticien formé à la médecine traditionnelle chinoise.

La routine des 2 minutes

Si vous ne deviez retenir qu’une seule chose de cette vidéo, retenez cette petite routine. Elle prend moins de deux minutes.  

  1. Étape 1 : 30 secondes de massage du cou.
  2. Étape 2 : Une minute sur le point Yin Ling Quan.
  3. Étape 3 : 2 minutes sur le point Shui Fen (9 Ren Mai)

 À associer à une alimentation qui soutient la Rate.

Conclusion

Finalement, le plus important n’est peut-être pas de retenir tous les noms chinois que nous avons vus aujourd’hui. Le plus important est de comprendre cette idée très simple. Notre corps possède en permanence des mécanismes qui permettent aux liquides de circuler, d’être transformés puis éliminés naturellement. Au fond, peu importe les mots utilisés.

Que l’on parle du système lymphatique ou de la circulation des liquides en médecine chinoise, l’objectif reste le même : aider l’organisme à retrouver son équilibre.
Et c’est justement ce que j’aime dans la médecine chinoise. Plutôt que de chercher uniquement à faire disparaître un symptôme, elle cherche avant tout à aider l’organisme à retrouver son propre équilibre.

Alors, la prochaine fois que votre corps vous enverra un signal : des jambes lourdes, une sensation de gonflement, ou de la rétention d’eau, peut-être le regarderez-vous avec un œil un peu différent. Parce que notre corps essaie simplement de nous rappeler qu’il a besoin d’être aidé à retrouver son équilibre.


Dites-moi en commentaire : quel est, chez vous, le principal signe d’Humidité ? Et si vous avez adopté une habitude ou une astuce naturelle qui vous aide au quotidien, n’hésitez pas à la partager. Vos expériences pourront peut-être inspirer d’autres personnes.

L’article en vidéo

Pharmacopée chinoise

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