Le syndrome des jambes sans repos

Est-ce que vous vous réveillez la nuit parce que vos jambes vous obligent à bouger ? Vous devez les frottez, les massez ou vous levez pour marcher… Mais quand finalement vous vous recouchez : ça recommence.
On peut parler d’impatiences dans les jambes. Mais ce que vous ressentez correspond à ce qu’on appelle plus scientifiquement le syndrome des jambes sans repos.
Ce n’est pas simplement un problème de circulation, enfin pas forcément. Ces fameuses jambes sans repos peuvent être liées à des mécanismes qui se passent dans votre cerveau. Le fer et la dopamine notamment et puis certains médicaments aussi peuvent en être responsable.
Comme souvent la médecine chinoise regarde le problème de façon bien différente. Elle ne va pas seulement chercher ce qui se passe dans vos jambes. Elle va regarder pourquoi votre organisme produit ce symptôme. Et vous allez voir qu’elle parle notamment de déficience, de circulation de l’énergie et du Sang, et d’obstruction des méridiens.
Dans cet article, je vais vous montrer ce que vous pouvez faire concrètement : acupuncture, acupression ou moxibustion, et je vais vous donner quelques conseils simples à essayer chez vous. Alors si vous souffrez régulièrement de ces impatiences qui vous empêchent de dormir, vous allez comprendre ce qui se passe vraiment.

Que dit la médecine conventionnelle ?

On l’appelle aussi maladie de Willis-Ekbom, c’est un trouble chronique assez fréquent puisqu’il concernerait environ 3 à 7 % des adultes. Il ne faut pas confondre « jambes sans repos » avec simple  jambes lourdes, crampes ou fourmillements. Le véritable syndrome repose sur une combinaison assez caractéristique : une sensation désagréable dans les jambes : fourmillements, tension, brûlure, tiraillement, parfois une sensation très difficile à décrire. Et surtout, un besoin presque irrépressible de bouger les jambes qui vous oblige à vous lever, à marcher, à frotter vos jambes ou à les masser… et cela vous soulage immédiatement. Mais dès que vous vous reposez à nouveau, ça recommence. Autre caractéristique essentielle : les symptômes apparaissent ou s’aggravent au repos, et surtout le soir ou la nuit. C’est évidemment très pénible pour s’endormir.

La cause des jambes sans repos

On distingue globalement deux situations.

  1. La première, c’est le syndrome primaire : C’est lorsqu’aucune cause médicale précise n’est retrouvée et dans ce cas il existe souvent une composante familiale : c’est-à-dire l’hérédité.
  2. La seconde, c’est le syndrome secondaire, lorsqu’une cause ou un facteur favorisant peut être identifié. Parmi les principaux facteurs évoqués, on retrouve notamment une carence en fer, l’insuffisance rénale, la grossesse ou certains médicaments.

Donc si ces symptômes apparaissent chez vous, surtout s’ils sont récents, il peut être intéressant de rechercher pourquoi ils sont apparus, plutôt que de simplement les subir. Il existe un facteur particulièrement intéressant dont on va parler maintenant : c’est le fer.

Quel rapport entre le fer et vos jambes ?

Contrairement à ce que le nom de la maladie pourrait laisser penser le problème ne se situe pas uniquement dans les jambes. Certaines régions du cerveau impliquées dans le contrôle des mouvements jouent un rôle important, et notamment des circuits dans lesquels intervient la dopamine. Or le fer participe au fonctionnement de ce système.
Chez certaines personnes souffrant de jambes sans repos, le problème est moins un simple manque de fer dans l’organisme qu’une mauvaise disponibilité ou une mauvaise utilisation du fer au niveau du cerveau.
C’est l’une des raisons pour lesquelles le lien entre fer, dopamine et syndrome des jambes sans repos est autant étudié. Attention : avoir des jambes sans repos ne signifie pas automatiquement que vous êtes carencé en fer. C’est justement pour cela qu’un bilan médical peut être pertinent lorsque les symptômes sont évocateurs.

Et le sommeil ?

Le sommeil est évidemment l’un des plus gros problèmes. Vous êtes fatigué, vous allez vous coucher et au moment où vous êtes enfin immobile, les sensations commencent. On peut alors entrer dans un cercle assez infernal : les jambes sans repos perturbent le sommeil, le mauvais sommeil engendre de la fatigue et la fatigue entraine encore plus de mouvements et des nuits encore plus difficiles. Certaines personnes présentent également des mouvements périodiques des jambes pendant leur sommeil. C’est-à-dire que même lorsqu’elles ont réussi à s’endormir, leurs jambes peuvent continuer à bouger involontairement et provoquer des micro-réveils. Résultat : Vous dormez mais vous ne vous sentez pas reposé.

Comment se fait le diagnostic ?

Autre particularité : il n’existe pas un examen qui permette à lui seul de confirmer le syndrome. Le diagnostic repose principalement sur l’interrogatoire. Le médecin recherche notamment quatre éléments :

  1. est ce que les symptômes apparaissent ou s’aggravent au repos ;
  2. sont-ils soulagés par le mouvement ;
  3. est-ce qu’ils surviennent surtout le soir ou la nuit ;
  4. et enfin est-ce qu’ils ne sont pas expliqués par une autre affection. En effet des sensations désagréables dans les jambes peuvent avoir beaucoup d’autres causes : les crampes, les neuropathie, les problèmes circulatoires ou les douleurs musculaires, par exemple.  Donc avoir envie de bouger les jambes ne suffit pas, à lui seul, pour parler de syndrome des jambes sans repos.

Attention au piège des traitements

Et il y a quelque chose d’important à connaître si vous êtes traité pour ce syndrome : l’augmentation.

C’est un phénomène assez paradoxal : certains médicaments qui soulagent les symptômes au départ peuvent, avec le temps, finir par les aggraver.

Les signes qui doivent alerter sont notamment : des symptômes plus intenses, ou qui commencent plus tôt dans la journée, ou encore qui apparaissent après des périodes de repos de plus en plus courtes, ou enfin qui peuvent s’étendre à d’autres zones, comme les bras.

C’est pourquoi les médecins cherchent d’abord à corriger une éventuelle cause du problème, comme une carence en fer, et choisissent les médicaments avec prudence pour éviter d’aggraver les symptômes avec le temps.

Pour résumer, voilà ce que nous dit aujourd’hui la médecine conventionnelle : elle parle de cerveau, de dopamine, de fer, du sommeil, et de certaines causes ou certains médicaments qui peuvent intervenir dans ce syndrome.


La médecine chinoise va quant à elle regarder le problème avec une grille de lecture complètement différente. Elle va notamment s’intéresser à la circulation du Qi et du Xue, en bon français la circulation de l’énergie et du sang. La médecine chinoise va s’intéresser également à la nutrition des muscles et des tissus, et aux Jing Luo, les fameux méridiens et leurs réseaux.

Dans les textes chinois, le syndrome des jambes sans repos est notamment rattaché à une notion appelée « Bi Zheng », avec une idée particulièrement intéressante : il peut y avoir à la fois une faiblesse du terrain et une obstruction qui vient se développer par-dessus.
Alors, qu’est-ce que tout ça signifie exactement ? C’est ce que nous allons voir maintenant.

Les jambes sans repose selon la Médecine Chinoise

Le « Bi Zheng » : Une histoire d’obstruction

Dans les textes chinois, le syndrome des jambes sans repos est donc rattaché au domaine du Bi Zheng .

Bi évoque une notion d’obstruction, de blocage de la circulation dans les méridiens et leurs réseaux, les Jing Luo (les méridiens).

Zheng désigne le tableau énergétique, c’est-à-dire l’ensemble cohérent des signes et des symptômes qui permettent de caractériser le déséquilibre d’une personne.

Donc, si on simplifie, Bi Zheng, c’est un tableau caractérisé par une obstruction des Jing Luo (les méridiens).

La médecine chinoise va donc notamment se demander :
Est-ce que le Qi (l’énergie) circule correctement ?
Est-ce que le Xue
(le sang) nourrit correctement les tissus ?
Est-ce que les Jing Luo
(les méridiens) sont suffisamment nourris ou au contraire obstrués ?
Mais surtout, elle ne va pas considérer que toutes les personnes souffrant de jambes sans repos ont exactement le même tableau énergétique.
Et c’est là qu’intervient une notion essentielle : la racine et la branche du problème.

La Racine : le « BEN XU »

Dans l’un des articles, les auteurs proposent cette lecture :

le « Ben« , c’est la racine du problème,

et ici cette racine correspond au


Xu, c’est-à-dire à une déficience.

Autrement dit, derrière le symptôme, il peut exister un terrain de faiblesse.

Les auteurs parlent notamment d’une faiblesse du

Zheng Qi, c’est-à-dire du Qi correct, l’énergie fonctionnelle normale de l’organisme.

Et lorsque ce terrain est insuffisant, les tissus — les muscles, les tendons et les tissus de l’appareil locomoteur — peuvent être moins bien nourris.

En médecine chinoise, le Qi (énergie) et le Xue (sang) jouent notamment un rôle important dans la nutrition et le bon fonctionnement de ces tissus. Et selon le terrain de la personne, différentes fonctions énergétiques peuvent être impliquées, notamment celles du Rein, de la Rate ou du Foie.


Mais alors, si le terrain est déficient, pourquoi les jambes donnent-elles cette impression d’être aussi agitées ? C’est là qu’intervient la branche du problème.

La branche : le « Biao Shi »

« Biao » signifie la branche

c’est-à-dire ce qui se manifeste par-dessus le terrain de fond. Et dans la lecture proposée par les auteurs, cette branche correspond au

« Shi » : une notion d’excès, de plénitude ou d’obstruction.

Sur ce terrain de faiblesse peuvent donc venir s’ajouter des facteurs qui perturbent davantage la circulation. Les textes évoquent notamment le Vent, le Froid et l’Humidité, qui peuvent gêner la circulation dans les Jing Luo.

Et lorsque le Qi et le Xue circulent moins bien, les tissus sont moins bien nourris et les sensations peuvent apparaître. On retrouve donc cette opposition : le Ben : la racine, avec le Xu, la déficience ; le Biao : la branche, avec le Shi, l’obstruction ou l’excès.

Et c’est cette association qui est intéressante : un terrain déficient peut favoriser l’apparition de manifestations de type plénitude ou obstruction. C’est aussi ce qui explique pourquoi deux personnes présentant exactement les mêmes impatiences dans les jambes ne seront pas forcément traitées de la même manière. Comme vous le savez en médecine chinoise, on ne traite pas simplement un symptôme : on cherche le tableau énergétique propre à chaque personne.

Pourquoi le mouvement soulage-t-il ?

Dans les cas décrits dans les articles chinois, les patients expliquent eux aussi que le mouvement, le massage ou le fait de se frotter les jambes peuvent temporairement soulager les sensations. L’un des cas cliniques décrit même un patient obligé de se masser ou de frapper ses jambes, et parfois de marcher dans sa chambre pour essayer de calmer les symptômes.

Pour la médecine chinoise, cette observation est cohérente avec la notion d’obstruction des Jing Luo : le mouvement et le massage vont simplement favoriser la circulation dans la zone. Ce n’est évidemment pas une démonstration du mécanisme neurologique du syndrome des jambes sans repos. C’est simplement une observation que la MTC peut interpréter avec sa propre grille de lecture énergétique. Les deux médecines observent le même symptôme — le soulagement par le mouvement — mais ne l’expliquent pas nécessairement de la même manière.

Que peut-on faire avec la Médecine Chinoise ?

L’acupuncture

Plusieurs protocoles sont possibles. Parmi les points que l’on retrouve dans ces différents protocoles, il y a notamment : San Yin Jiao — 6 Rte, Zu San Li — 36E, et Tai Xi — 3R. Ces points permettent notamment de travailler sur le terrain énergétique, la nutrition des tissus et la circulation du Qi et du Xue.

Et certains de ces points sont suffisamment accessibles pour être utilisés en acupression, c’est-à-dire simplement en exerçant une pression ou un massage avec le doigt. Pour l’autostimulation, on reste donc sur quelque chose de simple, doux et raisonnable.

La moxibustion

Mais il y a une autre technique que je trouve particulièrement intéressante dans ce contexte : la moxibustion. La moxibustion utilise la chaleur du moxa, traditionnellement fabriqué à partir d’armoise, pour chauffer certains points. Un article chinois rapporte l’utilisation de cette technique chez 76 personnes souffrant du syndrome des jambes sans repos.

Les auteurs utilisent quatre points : Wei Zhong — 40V,  Yin Gu — 10R,  Cheng Jin — 56V et Cheng Shan — 57V.

Et les résultats rapportés sont assez impressionnants : 12 patients auraient été considérés comme guéris après une séance, 34 après deux séances et 30 après trois séances. Les auteurs ne rapportent aucune rechute lors des contrôles à six mois et à un an.  Alors attention. Je ne vais évidemment pas vous dire : « La moxibustion guérit les jambes sans repos à tous les coups. » Cette étude est ancienne, elle ne comporte pas de groupe contrôle et elle ne permet donc pas de tirer les mêmes conclusions qu’une étude clinique moderne. Mais c’est une observation intéressante.

Et surtout, je peux vous parler de cette technique avec un peu de recul puisque je l’ai personnellement utilisée en cabinet chez des patients présentant ce type de symptômes, avec des résultats que j’ai trouvés satisfaisants. Cela reste bien sûr une expérience clinique personnelle, et non une preuve scientifique.

Mais quand une technique ancienne est décrite dans la littérature chinoise et que, de son côté, le praticien observe également des résultats intéressants chez certains patients, ça mérite qu’on s’y intéresse. Et vous remarquerez d’ailleurs que le moxa apporte quelque chose de très particulier : de la chaleur. Ce qui est cohérent avec la place donnée au Froid dans l’obstruction des Jing Luo dans certains des tableaux décrits par les auteurs.

Et à la maison que pouvez-vous faire ?

Tout le monde n’a pas un praticien en médecine chinoise à proximité.  et tout le monde n’a pas forcément envie de passer sa soirée avec un bâton de moxa ! Alors, il y a déjà quelques choses très simples que vous pouvez tester.

1. Bougez régulièrement. Si vous restez assis plusieurs heures, levez-vous régulièrement. Marchez quelques minutes, mobilisez vos chevilles, faites bouger doucement vos jambes. Pas besoin de préparer les Jeux olympiques à 22 heures ! L’idée est simplement d’éviter les longues périodes d’immobilité.

2. Massez vos jambes. Puisque le mouvement et le massage peuvent temporairement soulager les symptômes, vous pouvez essayer un massage doux lorsque les sensations apparaissent. Quelques minutes, tranquillement.

3. Essayez des mouvements ou des étirements doux avant le coucher. Mollets, chevilles, cuisses, tranquillement.

4. Prenez soin de votre sommeil. Essayez autant que possible d’avoir des horaires réguliers et une routine calme le soir.

Et surtout ne pas tout attribuer aux jambes sans repos. Si ces symptômes sont nouveaux, s’aggravent, deviennent importants ou perturbent régulièrement votre sommeil, parlez-en à votre médecin.
Parce qu’il peut être utile de rechercher une cause sous-jacente, notamment un problème de fer ou un facteur susceptible d’aggraver les symptômes. La médecine chinoise peut parfaitement avoir sa place dans une démarche globale.
Mais elle ne doit pas vous empêcher de rechercher une éventuelle cause médicale.
Parce que lorsque vos jambes vous empêchent de dormir nuit après nuit, ce n’est pas un petit désagrément. C’est votre sommeil, votre énergie et parfois même votre qualité de vie qui sont touchés. Et c’est pour cela que comprendre ce qui se passe est une étape primordiale pour agir.

Conclusion

Les jambes sans repos, ce n’est pas simplement une histoire de jambes qui bougent la nuit. C’est un syndrome bien réel, qui peut avoir un impact important sur le sommeil et la qualité de vie.
La médecine conventionnelle nous a montré l’importance de rechercher certaines causes ou certains facteurs aggravants, notamment autour du fer, de certains médicaments ou de certaines maladies.
Et la médecine chinoise nous propose, elle, une autre grille de lecture. Elle va notamment parler de Bi Zheng, d’obstruction des Jing Luo, mais aussi de cette association entre une racine déficiente — le Ben Xu — et une branche caractérisée par l’obstruction — le Biao Shi.

Et pour agir, elle dispose notamment de l’acupuncture, de l’acupression et de la moxibustion. Mais retenez surtout une chose : si vos jambes vous empêchent régulièrement de dormir, ne banalisez pas ce problème. Ce n’est pas simplement une petite gêne qu’il faudrait apprendre à supporter.

Il existe des pistes pour agir, et la première étape consiste déjà à comprendre ce qui se passe réellement. Et si vous connaissez quelqu’un qui souffre de ces fameuses impatiences dans les jambes et qui passe peut-être des nuits difficiles sans vraiment savoir quoi faire, partagez-lui cet article. Elle pourra peut-être lui permettre de mettre enfin un nom sur ce qu’elle ressent et, surtout, de découvrir des pistes qu’elle n’avait pas encore envisagées. Parce que, comprendre ce qui nous arrive, c’est la première étape pour commencer à agir.

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